Prothèse sur barre Dolder : observations et mise en oeuvre

La réalisation d’une prothèse sur barre de Dolder ne représente pas de difficultés particulières.

Elle peut représenter une alternative à une prothèse sur boutons-pression pour une meilleure stabilité (voir Fiche Pratique Barre ou Boutons-pression: que choisir ?)

Cette fiche vous donnera les éléments nécessaires pour mettre en oeuvre cette option de traitement.

Fiche pratique réactualisée Juin 2025

 

Vous pourrez aussi consulter les Fiches Pratiques suivantes :

 

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I/ Concepts

 

1/ Extensions distales de la barre ?

Quand on envisage une barre sur deux implants (cas de figure en général à la mandibule car au maxillaire un minimum de 4 implants est nécessaire), l’idée première est de penser à une barre avec des extensions distales pour pouvoir mettre 3 cavaliers et ainsi avoir une prothèse très stable et rétentive. Mais les cavaliers distaux vont subir des stress mécaniques plus importants que le cavalier central avec beaucoup plus de problèmes de réinterventions (décrochage du cavalier, fracture de ce cavalier ou même fracture de l’extension de la barre). Il est donc plus sage en première intention de n’envisager qu’un seul cavalier central sur une petite barre sans extensions.

 

Il est néanmoins possible que la situation clinique soit défavorable avec une nécessité de sustentation distale (pour éviter une compression postérieure) : dans ce cas on peut envisager des extensions distales avec cavaliers supplémentaires :

 

Mais il faut s’attendre dans ces cas à des risques mécaniques accrus avec des possibilités de casse :

fracture de l’extension de la barre

 

 

2/ Recouvrement du palais au maxillaire ?

 

Pour le maxillaire, il est nécessaire d’envisager une barre sur un minimum de 4 implants tout en gardant une couverture palatine car la suture osseuse médiane est un élément non résorbable qui représente une garantie de stabilité verticale à long terme de la prothèse. Celle-ci aura de ce fait moins de risque d’enfoncement postérieur et donc moins de porte-à -faux pouvant entraîner des bras de levier sur les composants antérieurs.

Une prothèse sur barre de Dolder au maxillaire ne peut pas s’envisager sans recouvrement palatin

 

Notre avis pour le maxillaire :

Vouloir améliorer la rétention d’une prothèse classique peut sembler paradoxal au maxillaire et on doit s’interroger sur les moyens implantaires mis en oeuvre par rapport au gain finalement peu significatif  du résultat final. En effet, une prothèse maxillaire « traditionnelle » a une tenue satisfaisante du fait de la persistance d’un volume de crête résiduelle en général relativement correct et de la possibilité de pouvoir créer un joint périphérique très efficace avec un véritable effet « ventouse ».

Il faut comprendre que la demande des patients pour une solution implantaire au maxillaire est presque toujours motivée par l’idée de supprimer la couverture palatine, laquelle occasionne beaucoup d’inconfort pour la plupart d’entre eux. Mais la réalisation d’une barre de Dolder antérieure avec une prothèse implanto-portée antérieurement et mucco-portée postérieurement ne permet pas de supprimer ce recouvrement palatin qui est au contraire déterminant pour la stabilité prothétique. Supprimer ce recouvrement risque d’entraîner des tensions trop importantes pour le maintien de l’intégration des implants antérieurs et on relève dans la littérature scientifique des chiffres d’échecs implantaires parfois très importants :

Il est dangereux de supprimer la couverture palatine …

 

Si donc votre patient est vraiment motivé par la suppression de ce recouvrement palatin il est plus judicieux de l’orienter vers une option de barre fraisée ou de bridge fixe transvissé qui sera certes plus onéreuse mais considérablement plus fiable !

Cliquez sur les liens suivants pour en savoir plus sur ce sujet :

 

 

II/ Détail des étapes de réalisation d’une barre de Dolder

 

Quand on envisage une barre il est nécessaire de réaliser  une nouvelle prothèse en même temps. Vouloir garder une prothèse existante pour réaliser une barre relève d’un protocole compliqué en particulier pour la connexion de cette prothèse sur la barre.

Il est préférable que le laboratoire réalise l’ensemble prothèse et barre.

Plusieurs protocoles peuvent être envisagés, en voici un qui a pour avantages d’être simple et rapide !

 

1/ L’empreinte primaire

 

Pourquoi une empreinte primaire ?

Pour bien réussir votre empreinte secondaire, nous vous recommandons de la mettre en oeuvre avec un porte-empreinte individuel (PEI) à fenêtres ,réalisé à partir d’une première empreinte (primaire) et d’un premier modèle de travail

 

L’empreinte primaire va permettre l’obtention d’un premier modèle de travail sur lequel le prothésiste designera son PEI avec des bords adaptés au cas clinique (pour avoir un joint périphérique fonctionnel). Il aménagera aussi des ouvertures correspondant aux transferts qui seront mis en place en bouche pour l’empreinte secondaire.

Pour réaliser ce PEI, la technique usuelle est de faire une première empreinte des piliers de cicatrisation en bouche. Le laboratoire élabore à partir de ce premier modèle un PEI à fenêtres. L’inconvénient de ce procédé est que le prothésiste n’a pas d’informations précises sur les axes des implants ni sur leur degré d’enfoncement : un certain temps vous sera de ce fait nécessaire pour régler ce porte-empreinte au fauteuil sur les transferts directs avant de pouvoir faire votre empreinte secondaire.

Nous vous recommandons plutôt la technique suivante :

 

Le « truc » du spécialiste pour l’empreinte primaire en vue de la fabrication du PEI :

La première empreinte doit permettre au laboratoire de pouvoir obtenir un premier modèle déjà équipé avec des analogues : il pourra ainsi placer les transferts directs sur les analogues de ce premier modèle afin de préparer le PEI à fenêtres de façon extrêmement précise. Vous n’aurez ainsi aucun réglage à faire au fauteuil lors de votre séance d’empreinte secondaire et les ouvertures pour la sortie des vis ne seront pas trop importantes. Le matériau à empreinte sera ainsi bien contenu dans le PEI et l’empreinte n’en sera que plus précise.

Cette première empreinte pourra être faite de façon simple, économique et pourtant efficace avec des porte-implants servant de transferts (fournis par le chirurgien) et un simple porte-empreinte fermé du commerce (type Rimlock) et un alginate ! Ces transferts pourront même être équipés par des analogues de récupération (fig 6).

On nous rétorque parfois que cette première empreinte avec un alginate n’est pas précise. Elle n’est certes pas d’une grande précision mais elle permet au prothésiste de fabriquer un PEI à fenêtres qu’il va régler sur les transferts directs que vous lui aurez fournis, ce qui vous permettra de placer ces transferts et le PEI en bouche sans réglage particulier tout en étant assuré que les transferts seront bien pris dans le volume du PEI (point important pour la précision de l’empreinte). Cette première empreinte à l’alginate n’est donc en effet pas très précise mais :

  • elle l’est beaucoup plus qu’une simple empreinte des piliers de cicatrisation en bouche
  • l’imprécision sera corrigée par l’empreinte secondaire

 

Premier modèle de travail. En haut : empreinte alginate de transferts directs. En bas : réalisation d’un premier modèle avec positionnement des transferts directs et PEI à fenêtres pour une empreinte secondaire précise

 

L’empreinte secondaire peut à présent démarrer

 

2/ L’empreinte secondaire

 

Cette empreinte secondaire se fait en double mélange avec préférentiellement une pâte à empreinte souple type polyether. Nous privilégions l’Impregum (3M Espé) qui est un produit monophase très performant (idéalement préparé avec l’appareil automatique « Pentamix »).

Plusieurs possibilités :

 

2.1/ L’empreinte physique directe

= « pick-up » ou « à ciel ouvert » avec porte empreinte ouvert

 

Cette empreinte directe est recommandée !

Cette empreinte secondaire directe doit souvent se faire à 4 mains : il est en effet nécessaire de tenir le porte-empreinte tout en dégageant l’accès aux vis.

Elle est réalisée en double mélange avec préférentiellement une pâte à empreinte souple type polyether. Nous privilégions l’Impregum classique qui est un produit monophase très performant (idéalement préparé avec l’appareil automatique « Pentamix »). La pâte est mise en place avec la seringue autour des transferts puis immédiatement après le porte-empreinte enduit par l’assistante vient coiffer les transferts :

 

 

 

Il est important de dégager rapidement la pâte au niveau des fenêtres (quand elle est encore molle) afin de pouvoir accéder facilement après polymérisation aux vis qui seront dévissées et sorties complètement après prise de l’empreinte

Les analogues sont alors repositionnés sur les transferts :

 

Le conseil des spécialistes :

1/ Il est déconseillé d’utiliser un silicone classique pour ce type d’empreinte car vous aurez du mal à plaquer correctement le porte-empreinte en bouche du fait de la densité du produit et vous risquez d’avoir une empreinte imprécise, voire fausse.

2/ Avant l’empreinte, il est conseillé de s’entraîner à mettre le porte-empreinte en bouche « à blanc » sur les transferts autant de fois que nécessaire pour que le geste soit fluide et précis. Il faut savoir en effet qu’au moment où le porte empreinte est rempli de pâte, sa mise en place sur les transferts, eux même enduits, devient plus difficile et alléatoire et un moment d’énervement arrive souvent si le porte empreinte vient buter sur une vis sans qu’on comprenne pourquoi : le fait de retirer puis remettre, de chercher transversalement l’axe d’insertion du porte empreinte va contribuer à rendre cette empreinte de mauvaise qualité, d’où l’intérêt de parfaitement maîtriser le geste avant le moment déterminant !

 

3/ vous pouvez placer un plot de cire sur l’extrémité des vis afin de pouvoir les dégager facilement de la pâte à empreinte avant le retrait du porte-empreinte :

cire orthodontique sur l’extrémité des vis

accès facilité pour le dévissage

 

Pour cette empreinte physique pick-up les pièces nécessaires sont :

– des transferts spécifiques à choisir en fonction du diamètre de l’implant ref : DHT (3/4, 4/4, 4/5 etc. selon le rapport fourni par le chirurgien) ; précisons qu’il existe aussi des transferts directs spécifiques aux piliers coniques

– un tournevis « universel » (HX ou HXL 1,25) activable soit manuellement soit avec une clef dynamométrique (sans intérêt dans cette étape) ou un tournevis manuel à grip (Gemlock réf : HXGR 1,25)

voir références au dernier paragraphe

A noter qu’il existe aussi une possibilité d’empreinte avec des transferts « indirects » (type porte-implants) mais que nous ne recommandons pas.

 

2.2/ L’empreinte physique indirecte avec piliers Encode

Cette empreinte peut se faire aussi avec un porte-empreinte du commerce (mais dans ce cas vous n’aurez pas la même précision pour les bords fonctionnels périphériques)

Cette possibilité est évoquée ici dans le chapitre des empreintes « physiques » car ces piliers Encode -dont la destination est plutôt à visée « empreinte optique »- peuvent aussi être enregistrés avec une pâte type Impregum pour ceux qui ne possèdent pas de caméra.

L’arrivée récente des piliers de cicatrisation Encode (cliquez sur le lien pour plus d’informations) qui ont une deuxième fonction essentielle de piliers d’empreinte a révolutionné les pratiques depuis peu de temps. L’encodage fraisé sur son plateau supérieur permet au laboratoire de l’identifier très précisément (et de donner les informations sur l’implant sous-jacent) à partir d’une empreinte “physique” classique ou d’une empreinte optique.

Les piliers Encode ont été mis en place par le chirurgien et vous pouvez -si vous ne possédez pas de caméra- en faire un enregistrement avec pâte à empreinte sans manipulation spécifique : l’empreinte est d’une facilité exceptionnelle (là encore : privilégiez l’Impregum).

 

2.3/ Empreinte « optique » avec caméra (pour CFAO)

Vous retrouverez une synthèse intéressante pour la prise de décision sur la technique d’empreinte à privilégier selon la position de l’implant dans la fiche pratique : Arbres décisionnels pour l’empreinte de plusieurs implants

Cette empreinte est faite avec des transferts de dernière génération :

  • Scanbodies

  • ou Piliers Encode

Les piliers Encode de la dernière génération existent en plusieurs références : TEEHA 3, 4 ou 5 (selon le diamètre du col de l’implant) pour tous les implants TSV ou TSX (sauf les rares implants “étroits”: TSX et Eztetic de plateforme prothétique à 2,9 mm réf : CEEHA). Nous précisions à nouveau que ces références avec deux E correspondent à la nouvelle génération de piliers Encodes qui remplace la première.

L’encodage fraisé sur le plateau supérieur de ce pilier Encode permet au laboratoire de l’identifier très précisément en ayant toutes les informations sur l’implant sous-jacent (fig 1a). Il est néanmoins plus prudent de donner en plus au laboratoire les références du pilier Encode ainsi que les références des implants (toutes ces informations vous ont été transmises par l’équipe chirurgicale lors du rapport de chirurgie).

Les références sont redonnées en fin de cette fiche.

 

3/ Le maître modèle

 

Le maître modèle est réalisé au laboratoire :

  • soit en technique classique (modèle en plâtre)
  • soit par impression avec une imprimante spécifique de laboratoire

 

C’est sur ce modèle que seront réalisés les travaux concernant la prothèse et la barre.

Les étapes suivantes sont classiques comme pour une prothèse traditionnelle non implanto-portée : enregistrement de la RIM, essais esthétiques, fonctionnels etc.

 

Exemple de traitement à partir d’un modèle en plâtre :

 

A noter que la présence des piliers de cicatrisation permet de maintenir avec efficacité les maquettes et de rendre ces étapes plus efficaces en bouche :

Le montage dentaire doit d’abord être validé en bouche avant que le laboratoire ne passe à la réalisation de la barre.

 

4/ Réalisation de la barre

 

Le choix des piliers doit être fait dans un premier temps (à priori au laboratoire)

 

Ces piliers peuvent être droits ou coudés (réf TAC ou 15 AT) :

 

 

 

 

 

 

A noter que les piliers de référence TAC (droits) ou AT (coudés) vont être remplacés par des nouveaux piliers coniques de référence UMUA.

Cliquez sur le lien UMUA pour plus d’informations (et voir en dernière partie : Références)

 

La barre est élaborée au laboratoire dans le respect du couloir prothétique et de l’axe d’insertion de la prothèse.

 

Choix d’une barre réduite sans extensions distales (en place sur piliers coniques)

 

La prothèse est polymérisée et la connexion du cavalier est faite dans le même temps au laboratoire :

5/ Pose en bouche

 

Il ne vous reste plus qu’à finaliser en bouche :

  • serrage des piliers coniques fortement à la main (vous pouvez aussi serrer avec une clef dynamométrique réglée à 30N.cm
  • mise en place de la barre transvissée sur les piliers coniques : les vis de transfixation doivent être serrées moins fortement que les piliers coniques sous-jacents afin de garantir qu’en cas de démontage ultérieur ce seront bien ces vis qui se dévisseront- et pas les piliers- pour la désinsertion de la barre : donc à visser à la main fortement ou avec une clef dynamométrique réglée à 20N.cm
  • derniers réglages et conseils au patient (insertion/désinsertion, nettoyage etc.)

 

6/ Références des pièces nécessaires

 

Vous pouvez aussi télécharger le catalogue en ligne TSX de ZimVie

– tournevis HX 1,25 ou HXL 1,25

ce tournevis « universel » est utilisable pour pratiquement tous les travaux avec le système Zimmer dental. Le profil carré supérieur permet l’utilisation d’une clef de serrage pour contrôler le couple de vissage des pièces (20 ou 30 Newton/cm par exemple)

tournevis HX 1,25 ou HXL 1,25

 

– tournevis rétentif GemLock réf HXGR 1,25 (ou en version longue : HXGR 1,25 L)

la rétention est assurée par le système Gemlock. tournevis à gros manche qui peut remplacer le précédent (HX1,25) : très pratique en bouche pour sa rétention de la vis il permet un serrage à 30Newton/cm uniquement avec des doigts »aguerris »

tournevis rétentif GemLock réf HXGR 1,25

 

– transferts et analogues

Tous les transferts ne peuvent être utilisés dans toutes les situations ! le choix est lié à la position de l’implant par rapport au niveau osseux : vous pouvez consulter la fiche « arbre décisionnel pour l’empreinte de plusieurs implants » avant de prendre une décision (en sachant qu’en général nous posons les implants en situation juxta ou supra- crestale ce qui n’a donc pas d’incidence sur le choix des transferts)

 

Transferts pour empreinte sur implants :

Transferts et Analogues pour tout type d’implant juxta ou supra-crestal

– transferts directs pour piliers coniques déjà en place en bouche

Le cas de figure de piliers coniques en place en bouche est assez rare mais peut arriver quand vous devez renouveler une prothèse sur une barre déjà existante

Les transferts pour les piliers coniques de réf TAC déjà en place en bouche sont des transferts pour techniques Pick-up réf: ACTDT (qui ne sont plus visibles dans les nouveaux catalogues mais que vous pouvez trouver dans les anciens catalogues) et dans ce cas il existe aussi des analogues de ces piliers coniques (réf ACTR)

 

– empreinte avec piliers Encode

– empreinte optique avec scanbodies

 

– pilier conique droits réf TAC

piliers coniques page 14 du nouveau catalogue TSX

 

 

Nouveaux piliers coniques réf UMUA qui ont un plateau prothétique d’un diamètre de 3,8mm commun aux autres grands systèmes implantaires (et qui vont remplacer les TAC) :

 

Pour une empreinte de ces piliers s’ils sont déjà en bouche, nous recommandons les transferts directs réf : UMUA-OTIC :

en sachant qu’il existe des scanbodies pour les techniques d’empreinte optique (voir bas de la page 6 du catalogue : « Solutions prothétiques pour implants TSX, Trabecular, TSV et Eztetic »

 

 

Si vous avez des questions n’hésitez pas à nous appeler au 03 88 23 15 15 ou à contacter Marie Mingaud représentante ZimVie au ‭06 31 78 66 07‬